Jo-Anne Balcaen

reviews

El Dorado

By Marcus Miller
Exhibition brochure essay, Galerie SAW Gallery, Ottawa, March 2003

The drunken delusion of a swashbuckler past his prime, El Dorado, like all dreams of plenty, pictures a world upside down. Lubberland, Schlaraffenland, Big Rock Candy Mountain, paradise and the land of Cockaigne are all siblings to this fantasy of perfect satisfaction. Born of extreme want, these dreams were typically the products of peasants, who imaginatively inverted their destitution to cope with starvation and disease. Similar inversions come into play during carnival festivities, as the harsh dialectic of social relations is temporarily overturned. Men become women, children become adults and, for a time, the profane jostling of the marketplace supplants the sacred order of the church. El Dorado was also an imaginary land of luxury and idleness, but with these differences: its sources may, in fact, have been non-European, and the driving force behind its literary development in Europe was apparently not destitution or wretched social status, but privilege and imperial opulence.

In 1597 Sir Waler Raleigh, soldier, poet, entrepreneur, explorer and ‘sea-dog’ pirate extraordinaire, set out to claim El Dorado for the glory of England. It was a delirious attempt to regain the favour of his sovereign, Elizabeth I. Long a favoured courtier (perhaps even furtive courtesan) to the Virgin Queen, Raleigh was given the royal cold-shoulder after his marriage to one of her attendants. Past his prime, already having achieved his greatest success and secured his legacy, Raleigh’s bloated gesture came during, and in a sense announced, his retirement from history.

The image of the gilded king surrendering his treasures to the murk (the sacrificial excrement), and its opposite, the overstuffed Raleigh trying to steal it for himself (the gluttonous heathen), together well evoke the distinctions and specificity of value, and how slippery the distinctions are between riches and waste. They are potent analogues to Balcaen and Kurr’s intervention. The state of idle grace inspired by the orientalized fantasy of El Dorado finds a quixotic resting place on the gilded ceiling of SAW Gallery. It is no accident that this same basement ceiling, extremely utilitarian and normally disguised (with black paint), was used as the fantastic (and literally inverted) landscape for a previous installation.

In a key series of essays pondering the hidden conditions necessary for the display of Modern art, Brian O’Doherty claimed that the ‘white cube’ was missing two of its planes, that the architectural space posited by Modern art demanded a repression of the floor and the ceiling. After all, he asked, what to do with air ducts, wiring, plumbing and especially “the cultivated garden of fixtures” ensuing from electric light?

El Dorado dispenses with the two-dimensional horizontality of the white cube. It responds to the puritanical discipline of Modern viewership and its attendant repressions with the decadence of a Baroque ceiling: “an arch, a dome, a sky, a vortex swirling figures until they vanish through a celestial hole, like a sublime overhead toilet.”

+++

L’illusion ivre d’un aventurier qui n’est plus dans la fleur de l’âge, El Dorado, comme tous les rêves d’abondance, dépeint un monde à l’envers. Lubberland, Schlaraffenland, Big Rock Candy Mountain, le paradis et le pays de Cockaigne sont tous cousins de ce fantasme de satisfaction parfaite. Nés de la misère extrême, ces rêves étaient propres aux paysans, qui inversaient avec imagination leur indigence afin de supporter la famine et la maladie.  Des inversions similaires entrent en jeu lors des festivités carnavalesques, pendant lesquelles la dure dialectique des relations sociales est temporairement renversée. Des homes deviennes des femmes, des enfants deviennent des adultes et, pour un temps, les bousculades profanes de la place du marché supplantent l’ordre sacré de l’église. El Dorado était également un pays imaginaire marquée par le luxe et l’oisiveté. Cependant, ses origines étaient possiblement non-européenes, et la force motrice de son développement littéraire en Europe n’était apparemment pas la misère, mais le privilège impérial.

En 1597, sir Walter Raleigh, soldat, poète, entrepreneur, explorateur et pirate « loup de mer », partit réclamer l’El Dorado pour la gloire de l’Angleterre. C’était une tentative délirante pour retrouver la faveur de sa souveraine, Élizabeth I. Pendant longtemps courtisan privilégié (peut-être même amant furtif) de la Reine Vierge, Raleigh avait été snobé par la reine après son mariage avec une de ses domestiques. Le geste démesuré de Raleigh, qui n’était plus dans la fleur de l’âge et qui avait déjà réalisé ses plus grand succès et assuré son héritage, vint pendant sa retraite de l’histoire et, dans un sens, l’annonça.

L’image du roi doré cédant ses trésors (les excréments sacrificiels) aux ténèbres et celle, opposée, du Raleigh bourré (le barbare glouton) essayant de les voler pour lui-même, évoquent ensemble l’instabilité et la spécificité de la valeur, la distinction variable entre les richesses et les déchets. Ce sont des analogies puissantes à l’intervention de Balcaen et Kurr. L’état de grâce oisive inspiré du fantasme orientalisé d’El Dorado trouve un lieu de repos chimérique sur le plafond doré de la Galerie SAW. Ce n’est pas un hasard que ce même plafond de sous-sol, extrêmement utilitaire et habituellement déguisé (de peinture noire), ait été utilisé comme paysage fantastique (et littéralement à l’envers) dans une installation précédente.

Dans une série d’essais clés réfléchissant sur les conditions cachées, mais nécessaires à la présentation de l’art moderne, Brian O’Doherty déclarait que deux plans manquaient au « cube blanc ». Ainsi, l’art moderne exigeait de l’espace architectural que le plancher et le plafond soient rendus invisibles. Face à ces conditions, que faire des conduits d’air, des câbles électriques, des tuyaux de plomberie et en particulier du « jardin cultivé de luminaires »?

El Dorado se dispense de l’horizontalité à deux dimensions du cube blanc. L’installation répond au puritanisme moderne avec la décadence d’un plafond baroque : « un arc, un dôme, un ciel, un vortex de figures tournoyantes disparaissant dans un trou céleste, comme une toilette sublime au-dessus de nos têtes ».

(Texte traduit de l’anglais par Tania Perlini et Tam-Ca Vo-Van)

View the artwork