Jo-Anne Balcaen

reviews

Sound Ideas

By Anne-Marie St-Jean-Aubre
Exhibition brochure essay, Centre Clark, Montréal, October 2011

Three elements occupy the main room: on the wall, the CD case of generic instrumental rock used as background music in films and television commercials, as well as a large-format version of its accompanying descriptive chart which classifies each song according to its desired effect; further in the space stands an 11-sided circular structure made of unvarnished wood panels, covered on the inside with reflective Mylar. An opening allows one or two viewers to enter the small space where the music can be listened to on a pair of headphones. From Renegade to Tough it Out by way of Heavy Hitter – titles that are further nuanced by adjectives such as “assertive and commanding”, “determined and insistent”, or “tough and daring” – it’s difficult to differentiate them on first listen, so close are they to the stereotypical idea of what “rock” music is. Each song is its own blend of the same standard ingredients of grinding guitar, heavy bass and accelerated drums.

Listening to strong, aggressive music alone in a room surrounded by multiple reflections of ourselves propels us instantly, via the simple act of donning headphones, into another dimension at complete odds with the gallery ambiance just outside the mirrored walls.  This process of singularisation, of separating one from other individuals we might physically interact with, reflects the gap that divides members of a subculture who distinguish themselves through their association with a certain type of music. Faced with oneself through this forced separate context, the viewer can’t help but become extremely conscious of his or her own image, behaviour, and bodily presence, the only element connecting them to the individuals circulating in the otherwise calm and silent gallery. This obsession with self-image has fed many other projects by the artist, namely Screaming Girls (2005) and Long Shot (2007). While Screaming Girls showed adolescent girls from the 1960s in the throes of complete abandon in front of their favourite musical idols, unaware of any watchful eyes or cameras, Sound Ideas takes place in today’s hyper-mediated context where constant surveillance is a fact of life. Hence, the installation’s controlled esthetics, its sparse, almost clinical treatment which seemingly limits the possibility of any excessive emotional outbursts reminiscent of a teenager standing in front of the mirror, playing rock star to their favourite music. This installation inscribes itself naturally to Balcaen’s practice, which rather rationally addresses the world of popular music, suggesting analyses on its effect on the individual, its psychology, its modes of construction, its mythologies and excesses, namely the relationship of fans to relic-objects and the image of the star.

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Trois éléments habitent la grande salle : au mur, l’étui d’un disque compact de musique générique rock créée pour servir à l’habillage sonore de films et de télé-séries, ainsi que la chartre qui l’accompagne et propose un classement de ses pistes en fonction de l’effet sonore visé ; dans l’espace, un paravent hendécagonal formé de panneaux réguliers en bois non fini recouverts, sur leur surface intérieure, de mylar réfléchissant. Une ouverture permet à un ou deux visiteur de pénétrer dans le réduit de dimension intime, pour lire les titres situés sur chacune des faces, identifiant les morceaux que l’on peut écouter grâce aux casques d’écoute disponibles. De Renegade à Tough it Out en passant par Heavy Hitter – des pistes auxquelles sont accolées des descriptions précises que l’on peut lire dans la chartre, soit « autoritaire et imposant », « déterminé et insistant » ou « coriace et hardi » –, il est difficile de les différencier à la seule écoute, tellement elles sont proches de l’idée stéréotypée, commune, de ce à quoi doit correspondre le « rock ». Chacun des morceaux mélangent différemment les ingrédients typiques que sont entre autres une guitare électrique appuyée, des basses puissante et une batterie au rythme accéléré.

Une musique agressive, forte, écoutée individuellement dans une pièce démultipliant notre image, où l’on se retrouve, par le simple fait de coiffer les écouteurs, dans une autre dimension, au centre d’une expérience tranchant totalement avec l’ambiance de la galerie dans laquelle baignent les autres visiteurs. Ce processus de singularisation nous plaçant à l’écart des individus que l’on côtoie pourtant physiquement est à l’image du décalage qui sépare les membres de sous-culture se distinguant de ceux qui les entourent en s’associant à un certain type de musique. Ramené vers soi par cette coupure obligée avec le contexte immédiat, le participant ne peut que devenir particulièrement conscient de son image, de son comportement, de sa présence corporelle, seul vecteur le reliant aux autres individus circulant dans la salle, autrement plus calme et silencieuse. Cette obsession de l’image de soi nourrie plusieurs autres projets de l’artiste, notamment Screaming Girls (2005) et Long Shot (2007). Si dans Screaming Girls Balcaen rendait visible l’abandon des jeunes filles des années 1960, en transe devant leur vedettes préférées, inconsciente du fait qu’elles sont l’objet de regards tant physiques que mécaniques, Sound Ideas prend place dans un contexte d’hypermédiatisation où l’on ne peut plus ignorer le regard de l’autre porté sur soi à tous les instants. D’où peut-être ce contrôle esthétique, ce côté épuré, presque clinique, semblant limiter les possibilités de débordement expressifs et émotifs qui rappelleraient l’adolescent debout devant son miroir, imitant en chantant à tue-tête son groupe fétiche. L’œuvre s’inscrit tout naturellement dans la démarche de Balcaen, qui aborde d’un angle plutôt rationnel ce qui entoure la musique populaire, proposant une analyse de ses effets sur l’individu, de sa psychologie, de ses modes de construction, des mythes et des excès auxquels elle donne lieu, notamment le rapport du fan aux objets-reliques et à l’image de la star. 

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