Jo-Anne Balcaen

reviews

The Longer I Wait, the Better it Feels

By Vincent Bonin
Exhibition brochure essay, Eastern Edge Gallery, March 2011

Jo-Anne Balcaen reinvests the meaning of artifacts from music and popular culture that have shaped female desire according to the dialectic of lack and excess. As an historical prelude of sorts, the video Screaming Girls (2005) isolates footage of rock concerts from the 1950s and ‘60s in which young women surrender themselves to emotions they would not otherwise express in public. The male performers who trigger such desires are always out of sight, and the audio is also removed. Building on a similar process, Pétard (2007) shifts the codes inherent in the representation of the musician’s virtuosity and bravado by once more removing his image in favor of a constellation of clues suggesting the virile nature of his performance. However, a series of recent videos and installations address the way in which Balcaen registers her own agency while re-purposing these references. In her video Long Shot (2007), she indulges her own fandom by embarking on a journey to find the home of her favorite musician. Although brief contact is made, the 428 km road trip concludes in a psychological non-event, where the common referent that originally united them in fantasy is absent. In Concert Guitar Pick Rob Metallica (2008), Balcaen casts doubt on the provenance of a guitar pick purchased on e-Bay that allegedly belonged to musician Rob Trujillo of Metallica, by subjecting it to a condition report, a protocol used in museums to assess the material condition of artifacts. While Long Shot separates the image of the star from his real, mundane existence, Concert Guitar Pick reveals the impossibility of equating use and exchange value when such commodities are transformed into fetish. But by enacting such gestures in the field of art, Balcaen also questions the process of translating dubious cultural phenomenon into proper knowledge.

Obsessive fandom for a rock star is acceptable within the framework of individuals who share the status of connoisseur. To some extent, the concept of subculture is based on sharing these experiences as a way to encourage other forms of identification. However, defining it as a guilty pleasure has less to do with acquiring cultural capital than with giving in to a nostalgic or sentimental consumption of music that leaves a shameful aftertaste. Disclosing this shame can therefore be compared to the asymmetry of unrequited love. Despite all attempts to rationalize the absence of reciprocity, one individual is left alone, with the excess of his or her desire.
Jo-Anne Balcaen’s work locates itself between two registers: the attempt to dissect and formalize these urges as a way to eradicate them, and the willingness to embrace them, uncritically, in a space that is momentarily free of any value judgments.


Jo-Anne Balcaen réinvestit des artefacts de la culture populaire qui ont forgé le désir féminin selon la dialectique du manque et de l’excès en amplifiant l’ambivalence des modes d’identification à ces objets. En guise de prélude historique, Screaming Girls (2005) isole des segments d’images de concerts rock des 1950 et 1960 où de jeunes femmes s’abandonnent à des émotions normalement irrecevables dans l’espace domestique ou au travail. Le performeur masculin qui suscite cet état est toujours hors de portée du regard, et la bande-son a été également retranchée. Tablant sur un procédé analogue, Pétard (2007) trouble les codes d’une représentation de la virtuosité virile du musicien, en lui ôtant son image au profit d’une constellation d’indices évoquant le caractère grotesque de sa performance. Or, une série de vidéos et d’installations récentes abordent plus directement la façon dont Balcaen doit inscrire sa présence en tant qu’agent opérant ces déplacements. Avec la vidéo Long Shot (2007), elle s’insère dans le scénario typique du fan qui décide de trouver la demeure de son musicien favori afin de l’espionner secrètement. Bien qu’un contact indirect survienne en fin de parcours, le trajet de 428 kilomètres se solde cependant par une non-rencontre psychologique, où les deux partis ne partagent plus le champ de références qui les avait d’abord liés sur le plan du fantasme. Dans Concert Guitar Pick Rob Metallica (2008), Balcaen met en doute la provenance d’un pic de guitare ayant appartenu au musicien Rob Trujillo du groupe Metallica en le soumettant à un constat d’état (protocole utilisé dans les musées pour évaluer les conditions matérielles d’artefacts). Comme Long Shot, amplifiant l’écart entre l’image de la star et son existence réelle,  Concert Guitar Pick désamorce l’amour aveugle qui pousse le fan à acquérir ce type d’objet d’après sa valeur d’usage pour ensuite le transformer en fétiche.

Il est acceptable de suivre la carrière d’un groupe de heavy metal d’une façon obsessive, de s’intéresser à la vie privée de ses membres ou de collectionner des produits dérivés de leur performance lorsque ces habitus sont exposés à un cercle d’individus qui en perçoit l’ironie, et par conséquent, arrive à dépasser le premier degré. Dans une certaine mesure, le concept de sous-culture est basé sur le partage de ce savoir exclusif qui encourage d’autres modes d’identifications à un contenu déjà en circulation. Par contre, l’idée du plaisir coupable désigne le trouble que suscite un comportement difficilement récupérable au sein de cette culture du « connoisseurship omniprésent ». En règle générale, il s’agit d’un mode de consommation nostalgique ou sentimentale de la musique. Plutôt qu’un capital culturel, cette « régression de l’écoute » laisse derrière elle un résidu honteux et ne se produit jamais dans les bonnes circonstances. En ce sens, on peut la comparer aux conséquences d’un amour non partagé. Malgré toutes les tentatives de rationalisation en aval afin d’amortir l’absence de réciprocité, l’un des individus se retrouve seul, avec l’excès de son désir. Long Shot et Concert Guitar Pick procèdent de cette tentative d’analyser une pulsion, de l’extraire de son flou, d’en faire une abstraction pour s’en débarrasser une fois pour toutes, et l’espoir de l’embrasser sans distance critique, de la mettre entre parenthèses dans un espace qui serait à l’abri de tout jugement de valeur.

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